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Chien qui saute sur les gens : pourquoi l'ignorer ne suffit pas

Doug

Auteur

Doug

Temps de lecture

6 minutes

Un chiot dressé sur ses pattes arrière contre la jambe d'une personne, dehors

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Un chien qui saute sur les gens ne cherche presque jamais à s'imposer : il a appris que ce geste fonctionne. Se dresser vers un visage, c'est obtenir des mains, une voix qui monte, un regard. Le conseil que tout le monde répète, tourner le dos et l'ignorer, s'appuie sur une idée juste : retirer ce que le saut rapporte. Il échoue le plus souvent parce que vous n'êtes pas le seul à payer. Le passant qui s'exclame que ce n'est pas grave, qu'il adore les chiens, vient de récompenser le saut à votre place, pendant que vous regardiez ailleurs.

Ce que le saut rapporte à votre chien

L'origine du geste est banale. Les chiens se saluent en se rapprochant de la tête, et chez nous cette tête est tout en haut, hors de portée d'un chien qui garde ses quatre pattes au sol. Un chiot qui se dresse contre une jambe obtient exactement ce qu'il cherchait : de la proximité et du contact.

Ce qui transforme ce réflexe de chiot en habitude tenace, c'est ce qui suit. L'attention humaine fonctionne comme une récompense, et elle ne se limite pas aux caresses. Lui parler, le regarder, le repousser des deux mains : tout cela est du contact. Le chien qui se fait repousser vient d'obtenir des mains sur le poitrail et une voix dirigée vers lui. Du point de vue de l'apprentissage, il a gagné.

Le point le plus contre-intuitif est celui-ci : un comportement qui ne paie qu'une fois de temps en temps devient plus résistant, pas moins. Si le saut ne rapporte rien neuf fois sur dix mais décroche une caresse la dixième, le chien apprend surtout à insister. C'est précisément la situation d'un chien de ville : à la maison on l'ignore, dehors il se trouve toujours quelqu'un pour craquer. Une habitude tient des années sur ce seul rythme.

Trois situations que « mon chien saute » recouvre

Le même geste ne se répare pas de la même façon selon ce qui le déclenche. Regardez à quel moment il se produit et dans quel état est le chien.

Le saut de retrouvailles

Il arrive à la porte d'entrée, au retour du travail, ou quand un ami que le chien connaît s'approche. Le corps est souple, les oreilles en arrière, la queue basse et rapide, le museau cherche le visage. C'est un salut, rien d'autre. Il s'atténue en général dès que l'arrivée cesse d'être un événement : entrer sans rien dire, poser ses affaires, attendre que le chien redescende, et le saluer à ce moment-là seulement.

Le saut de demande

Celui-ci vise une chose précise : une assiette, une laisse accrochée, une balle dans votre main. Le chien saute, vous cédez ou vous parlez, il recommence dix secondes plus tard. Il répond très bien au fait de rendre la demande inutile : ce qu'il veut arrive quand les quatre pattes sont au sol, jamais pendant qu'il est en l'air.

Le saut d'un chien qui déborde

Celui-là est d'une autre nature. Le chien saute sur tout le monde, en promenade, souvent en jappant, parfois en attrapant une manche. Il ne salue pas, il n'arrive plus à se contenir. On le rencontre chez les chiens jeunes, et chez ceux dont la journée n'offre rien à faire. Si vous reconnaissez aussi des destructions éparpillées ou des aboiements sans objet, les signes d'un chien qui s'ennuie méritent d'être traités avant le saut lui-même. Chez d'autres, l'excitation est celle d'un chien qui voudrait aller voir et ne le peut pas, le même mécanisme que celui qui fait distinguer la frustration de la peur en laisse.

Pourquoi tourner le dos ne suffit presque jamais

La première raison : vous ne contrôlez pas la récompense. Un passant, un enfant, un voisin qui trouve ça mignon suffisent à entretenir le geste. Tant que la rue paie, votre dos tourné ne fait que rendre le rythme irrégulier, ce qui consolide l'habitude au lieu de l'éteindre.

La deuxième : quand on retire une récompense, le comportement empire avant de disparaître. Le chien saute plus fort et plus longtemps. Beaucoup de gens s'arrêtent exactement à ce moment-là et finissent par céder. Le chien vient d'apprendre qu'il faut insister davantage.

La troisième : pour certains chiens, un dos qui se tourne d'un coup est une invitation. Le mouvement fait partie du jeu. Ignorer ne veut pas dire pivoter vivement, mais devenir ennuyeux : immobile, silencieux, les bras le long du corps, le regard ailleurs.

Payer les quatre pattes au sol

La méthode qui tient ne consiste pas à corriger le saut, mais à rendre autre chose plus rentable. Un chien assis ne saute pas, un chien dont les quatre pattes touchent le sol non plus : on installe le geste qui occupe la place, et on le paie.

Travailler avant la rencontre, pas pendant

Une rencontre dans la rue dure trois secondes, et le chien est déjà en l'air. Le travail se fait ailleurs : chez vous, au calme, puis avec un complice prévenu. Demandez une position assise, récompensez, faites un pas en arrière, recommencez. Mieux vaut plusieurs séances de deux minutes qu'une demi-heure d'affilée. La difficulté pratique est de trouver ces complices : un maître averti sait rester immobile et attendre l'assise, ce qu'un passant ne fera jamais. Les balades organisées entre maîtres sur Doug servent aussi à cela, avoir en face de soi des gens qui savent ce que vous êtes en train de travailler.

Récompenser au bon instant

La friandise ne doit pas arriver après le saut, ni même juste après le retour au sol : elle doit arriver pendant que les quatre pattes sont encore posées. Un chien qui reçoit sa récompense une seconde après avoir sauté puis s'être rassis apprend l'enchaînement saut-assis, pas l'assis. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus facile à corriger : payez tôt, payez souvent, avant que le chien ne décolle.

Empêcher le saut de réussir en attendant

Pendant les semaines d'apprentissage, le plus utile est d'empêcher simplement le geste d'aboutir. Une laisse tenue court, un pas de côté pour mettre de la distance, quelques friandises jetées dans l'herbe au moment où quelqu'un approche : un chien occupé à renifler le sol ne saute pas. Ce n'est pas de la triche, c'est ce qui évite que l'habitude se recharge pendant que vous la démontez. Le principe est le même que pour la marche en laisse détendue : ce que le chien ne répète pas, il finit par le désapprendre.

Ce qui aggrave les choses

Le genou dans le poitrail, le pincement des pattes avant, le cri, la laisse remontée d'un coup sec : ces méthodes circulent encore. Elles n'apprennent pas au chien quoi faire à la place, donc il essaie autre chose, souvent aussi gênant, et elles associent l'approche d'un humain à quelque chose de désagréable, ce qui peut produire de l'appréhension, de l'évitement, voire des réactions défensives chez un chien qui n'avait au départ que de l'enthousiasme.

Un chien qui saute est un chien content de voir du monde. Il n'y a rien à punir là-dedans, seulement une meilleure habitude à installer. Si le saut s'accompagne de grognements, de raideur ou de pincements appuyés, la question n'est plus celle de la politesse et le regard d'un vétérinaire comportementaliste s'impose.

Source consultée

American Veterinary Society of Animal Behavior, Position Statement on Humane Dog Training, 2021
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