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Chiot qui mordille : pourquoi crier « aïe » ne suffit pas

Doug

Auteur

Doug

Temps de lecture

6 minutes

Un chiot mordille doucement le doigt d'une personne, en extérieur

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Un chiot qui mordille les mains n'est pas en train de devenir agressif. Il joue, avec le seul outil dont il dispose vraiment. Le comportement apparaît dès les premières semaines : les dents de lait sont déjà fines comme des aiguilles, et ce qui change ensuite, c'est la taille et la force du chiot, pas l'acuité de ses dents. Il devient donc franchement douloureux à mesure que l'animal grandit, puis s'atténue au fil des mois, à condition que son entourage lui apprenne à doser. Le conseil le plus répandu, pousser un cri aigu pour imiter un congénère, repose sur une observation exacte mais échoue souvent : ce n'est pas le cri qui enseigne quelque chose au chiot, c'est ce qui se passe dans la seconde qui suit.

Ce que le chiot apprend quand il mordille

Le jeu passe par la gueule, faute de mieux

Un chiot n'a pas de mains. Pour attraper, retenir, tirer ou relancer un partenaire qui s'éloigne, il n'a que sa gueule. Quand il saisit un poignet, un bas de pantalon ou une cheville en mouvement, il ouvre une séquence de jeu, comme il le ferait avec un autre chiot. Le corps le dit mieux que le reste : posture souple, mouvements amples et désordonnés, pression variable, le chiot lâche et reprend, s'écarte et revient. Rien de tout cela ne ressemble à un conflit.

L'inhibition de la morsure se construit maintenant

Dans une portée, un chiot qui serre trop fort obtient une réponse immédiate : l'autre crie et le jeu s'arrête net. Il vient de perdre ce qu'il voulait. Il recommence, serre un peu moins, et le jeu reprend. Répété des centaines de fois, cela lui apprend à calibrer la pression de sa mâchoire. C'est l'inhibition de la morsure, une compétence qu'il garde toute sa vie.

L'enjeu dépasse largement les avant-bras griffés. Un chien adulte réagit parfois sans réfléchir : une douleur soudaine, un enfant qui lui tombe dessus, un réveil en sursaut. Ce qui pèse alors lourd, entre un contact sans conséquence et une plaie, c'est la pression qu'il a appris à doser quand il était chiot. On ne travaille donc pas le mordillement pour avoir la paix, mais parce que c'est la fenêtre où cette compétence s'installe.

C'est aussi pour cela que le jeu avec d'autres chiens équilibrés vaut mieux que toutes les séances à la maison : un congénère répond en temps réel, bien plus vite et plus justement qu'un humain. Trouver des partenaires de jeu réguliers, d'âge et de gabarit compatibles, est précisément ce que Doug sert à organiser. Encore faut-il que la rencontre se passe bien, et nous avons détaillé ailleurs pourquoi un chien qui fonce sur ses congénères pour jouer obtient l'inverse de ce qu'il cherche.

Pourquoi le cri aigu échoue si souvent

Le raisonnement derrière le cri est juste : on imite la réaction d'un autre chiot. Mais on n'en retient que la moitié. Dans la portée, le cri est suivi d'un arrêt du jeu, et c'est l'arrêt qui porte l'information ; le cri n'est qu'un signal d'annonce. Quand un humain crie puis continue à bouger la main, à rire, à repousser le chiot, celui-ci reçoit un son aigu suivi de plus de mouvement et plus d'attention : exactement ce qu'il demandait. Beaucoup de chiots s'excitent alors davantage, et l'on en conclut que la méthode ne marche pas sur eux.

Elle ne marche pas parce qu'on l'a amputée de sa partie active. Avec certains chiots, le son excite plus qu'il n'annonce quoi que ce soit : on peut très bien s'en passer, c'est l'arrêt du jeu qui fait le travail. C'est le mécanisme qui fait aussi échouer le fait de tourner le dos à un chien qui saute sur les gens : l'intention est bonne, mais le geste ne retire pas au chien ce qu'il venait chercher.

Deuxième piège : retirer vivement la main. Une main qui part vite est une proie qui fuit, donc une invitation, pas une sanction. La main doit devenir inintéressante, pas rapide.

Trois situations que le mordillement recouvre

Le mordillement de jeu

Le plus fréquent. Il survient pendant une interaction, quand quelqu'un bouge, s'habille, passe la porte ou caresse le chiot. La cible est mobile : main, manche, lacet, cheville. Le chiot est détendu, alterne les prises et revient chercher la relance. C'est de celui-là que parle le reste de cet article.

Le besoin de mâcher

Autre chose. Pendant la poussée des dents définitives, le chiot cherche à mâcher longuement, sur une matière qui résiste : pieds de chaise, chaussures, plinthes, et souvent seul, sans interaction. Ce besoin ne se corrige pas, il se redirige. Un chiot à qui on retire une chaussure sans rien mettre à la place la reprendra dix minutes plus tard.

La crise de surexcitation

Le plus souvent en fin de journée : le chiot devient incontrôlable d'un coup, court en tous sens, mordille plus fort que d'habitude, n'entend plus rien. Ce n'est pas un chiot qui manque d'exercice, c'est un chiot épuisé qui n'arrive plus à redescendre. La réponse n'est pas de jouer davantage, mais de couper les stimulations : calme, lumière baissée, un endroit à lui, un objet à mâcher. Ce qui ressemble à un trop-plein d'énergie est souvent un manque de sommeil.

Ce qui fonctionne dès aujourd'hui

La règle tient en une phrase : les dents sur la peau mettent fin au jeu, immédiatement et sans discussion. Dès que le chiot serre, la main devient molle, l'interaction s'interrompt, et la personne se lève et s'éloigne une vingtaine de secondes. Pas de sermon, pas de regard, pas de bousculade. Puis on revient et on reprend, calmement. Si le chiot recommence aussitôt, on sort de la pièce une demi-minute environ.

Trois points font la différence entre une méthode qui tient et une qui échoue.

  • La cohérence. Si l'un interrompt le jeu et l'autre continue parce que « ça ne fait pas mal », le chiot apprend que les dents sur la peau marchent une fois sur deux. C'est la pire configuration : un comportement récompensé de façon irrégulière résiste bien mieux qu'un comportement récompensé à chaque fois.
  • La redirection. Avant de retirer quelque chose, il faut donner autre chose : un jouet long que le chiot saisit à distance de la main, une corde, un objet à mâcher. La gueule a besoin d'un emploi.
  • Le timing. L'interruption doit tomber dans la seconde qui suit la morsure, sans quoi le chiot ne fait plus le lien.

Deux gestes restent à éviter, quelle que soit la fatigue du moment : la contrainte physique (serrer le museau, secouer le chiot, le plaquer, lui enfoncer la main dans la gueule), et le jeu qui consiste à agiter les doigts devant son nez avant de lui reprocher de les attraper.

Quand il ne s'agit plus d'un jeu

Quelques signes sortent du cadre et demandent un avis professionnel. Le corps se raidit au lieu de rester souple, les babines se retroussent, le chiot fixe, se fige, puis mord d'un coup sec, plus vite et plus fort que dans le jeu, souvent dans un contexte précis : quand on approche de sa gamelle, quand on lui prend un objet, quand on le manipule à un endroit douloureux. Un chiot qui grogne alors ne fait pas une crise, il prévient, et c'est pour cela qu'il ne faut pas le punir, comme nous l'avons expliqué à propos de ce que dit un chien qui grogne. Un vétérinaire comportementaliste ou un éducateur formé aux méthodes positives verra en une séance ce qu'aucun article ne peut évaluer à distance.

Pour l'immense majorité des cas, le mordillement reste une étape bruyante et passagère, qui s'arrête d'autant plus vite que la règle est appliquée par tout le monde, de la même façon, à chaque fois.

Source consultée

ASPCA, Mouthing, nipping and biting in puppies
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