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Mon chien mange ses crottes : pourquoi la carence n'explique rien

Doug

Auteur

Doug

Temps de lecture

6 minutes

Un chien portant un collier baisse la truffe dans l'herbe verte et renifle le sol en extérieur.

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Un chien qui mange ses crottes ne réclame presque jamais un complément alimentaire. Chez l'adulte, ce comportement n'est associé ni à ce qu'il y a dans la gamelle, ni à l'âge, et les chiens qui le font ont appris la propreté aussi facilement que les autres. Il est fréquent, probablement hérité, et il se gère par l'accès aux selles bien plus que par un changement de croquettes. Reste à identifier laquelle des trois situations vous avez sous les yeux, car elles ne se traitent pas de la même façon.

Trois situations que le mot coprophagie confond

La première est celle du chiot. Entre deux et six mois, il porte à la bouche à peu près tout ce qu'il trouve, y compris ses propres selles, et il a vu sa mère nettoyer le couchage de la portée pendant ses premières semaines. Chez beaucoup de chiots, le geste s'espace avec la maturité, à condition de ne pas en faire un événement. Il ne disparaît pas toujours pour autant : une part non négligeable des adultes continue.

La deuxième est celle de l'adulte qui mange des selles de chien, les siennes ou celles d'un congénère, le plus souvent dans le jardin. C'est de celle-là qu'on parle quand on dit « coprophagie », et c'est la seule sur laquelle on dispose de données solides.

La troisième n'a rien à voir avec les deux autres : le chien qui cible les crottes d'une autre espèce, le chat en tête, parfois le cheval. Mécanisme différent, solution différente, nous y revenons plus bas.

Pourquoi la piste de la carence ne mène nulle part

L'enquête conduite auprès de quelque mille cinq cents propriétaires a cadré le phénomène. Environ un chien sur six y était décrit comme mangeant régulièrement des selles de congénères, pris sur le fait au moins six fois. Aucun lien n'est ressorti avec le type d'alimentation, ni avec l'âge du chien. Les chiens concernés n'avaient pas été plus difficiles à rendre propres que les autres, signe qu'ils n'ont rien perdu du dégoût normal des excréments. La seule différence nette portait sur la vitesse à table : ils étaient plus souvent décrits comme gloutons.

Le détail le plus parlant est ailleurs : le geste vise presque toujours des selles fraîches, de moins de deux jours. Cette sélectivité a inspiré l'explication la plus convaincante dont on dispose, qui reste une hypothèse. Les œufs de vers ronds émis dans les selles ne sont pas infestants à la sortie : il leur faut une à quatre semaines dans le milieu extérieur pour arriver à maturité. Un carnivore qui fait disparaître les crottes récentes autour de sa tanière élimine donc le problème avant qu'il en devienne un. Le chien qui nettoie son jardin appliquerait une règle d'hygiène devenue inutile depuis que vous passez derrière lui avec un sac.

Cela ne rend pas le geste anodin pour autant : le calendrier des vers ronds n'est pas celui de tous les agents infectieux, et une crotte ramassée en promenade n'a ni la fraîcheur ni l'origine connue de celle du jardin.

Ce que les produits dissuasifs ne font pas

Poudres à saupoudrer sur la ration, comprimés censés rendre les selles répugnantes, sprays amers : dans cette même enquête, le taux de réussite rapporté par les propriétaires était proche de zéro, pour ces produits comme pour la plupart des techniques de correction essayées. Ils agissent sur le goût, alors que le goût n'est pas ce qui déclenche le geste. Le chien ne mange pas une crotte parce qu'elle est bonne, il la fait disparaître parce qu'elle est là et qu'elle est récente.

Le cas des crottes de chat, qui obéit à une autre logique

Ici, la comparaison avec le nettoyage de tanière ne tient plus. Pour un chien, les selles d'un chat sont d'abord une odeur alimentaire : l'alimentation féline est plus riche en protéines et en matières grasses que la sienne. Un chien qui fouille la litière ne présente pas un trouble, il exploite un garde-manger que personne n'a pensé à fermer.

Deux risques méritent d'être connus : les litières agglomérantes avalées en quantité ne sont pas faites pour transiter dans un tube digestif, et les crottes de chats inconnus, dans un jardin ouvert sur la rue, sont d'une tout autre nature que celles du chat de la maison, vermifugé et suivi.

La réponse est matérielle, pas éducative : litière en hauteur, pièce fermée par une barrière que le chat franchit et pas le chien, bac couvert à ouverture haute, ramassage quotidien du jardin. Un chien privé d'accès pendant quelques semaines cesse en général d'aller vérifier.

Ce qui marche : gérer l'accès plutôt que corriger le chien

Dans le jardin, ramassez immédiatement, à chaque fois, pendant deux à trois semaines. L'objectif n'est pas la propreté du gazon : un comportement qui ne trouve plus jamais son objet s'éteint, alors qu'un comportement qui aboutit une fois sur dix devient extrêmement solide.

En promenade, la longe de cinq mètres vous laisse le temps d'intervenir avant l'ingestion, et c'est le bon moment pour installer un échange plutôt qu'un rappel de dernière seconde. Si votre chien ne revient déjà pas de façon fiable, la question se pose en amont, et reconnaître les trois causes d'un rappel qui ne fonctionne plus vaut mieux que répéter un mot que le chien a appris à ignorer.

Pourquoi courir vers son chien aggrave les choses

La scène est toujours la même : le chien se baisse, la personne crie et se précipite. Deux choses se produisent. L'attention reçue, même sous forme de réprimande, reste de l'attention, et elle renforce ce qui vient de l'obtenir. Surtout, le chien apprend qu'il dispose de deux secondes avant l'arrivée, et il avale plus vite la fois suivante. Punir a le même défaut ici que chez un chien qu'on punit quand il grogne : on supprime la partie visible du comportement, pas ce qui le produit.

Approchez calmement, appelez d'une voix neutre, échangez contre quelque chose qui vaut le détour, puis ramassez sans commentaire. La friandise n'achète pas la crotte, elle paie le fait de l'avoir quittée pour venir vers vous.

Reste le terrain. Un chien qui passe ses journées dans un jardin vide y trouve peu de choses à faire, et les crottes en font partie ; les signes d'un chien qui s'ennuie sont souvent visibles bien avant. Une sortie où il flaire longuement le fatigue plus qu'un tour de pâté de maisons. L'application Doug sert justement à trouver des balades et des congénères près de chez soi.

Quand cela mérite un appel au vétérinaire

Le comportement seul ne justifie pas une consultation en urgence. Trois situations méritent un avis. Un adulte qui n'avait jamais fait cela et s'y met brusquement. Un chien qui mange beaucoup, maigrit malgré tout, ou dont les selles changent d'aspect et deviennent molles, grasses ou plus abondantes. Un chien qui avale régulièrement des selles d'origine inconnue alors que sa vermifugation n'est pas à jour.

Dans ces cas, ce sont les signes associés qui comptent, pas la coprophagie elle-même, et c'est le vétérinaire qui fera le tri. Pour tous les autres chiens, la marche à suivre tient en trois gestes : ramasser vite, fermer l'accès à la litière, ne pas transformer la scène en course-poursuite. Si vous cherchiez malgré tout une carence à corriger, notez que la même intuition se trompe souvent : l'idée que le chien se purge en broutant de l'herbe ne résiste pas non plus à l'examen.

Source consultée

Veterinary Medicine and Science, The paradox of canine conspecific coprophagy
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